Category Archives: Belgique

Une fournée banale à l’Hof ter Musschen

Ce dimanche après-midi, j’ai participé à une fournée banale au fournil de l’Hof ter Musschen (« la Ferme des Moineaux »), à Woluwe-Saint-Lambert (Bruxelles).

Le fournil de l’Hof ter Musschen à Woluwé Saint-Lambert (Bruxelles) - Vue arrière du fournil.
Vue arrière du fournil

Ce fournil était une dépendance de la ferme voisine, servant à la cuisson du pain pour ses habitants et ses ouvriers. Il apparaît sur des plans au tout début du XIXe siècle, mais sa construction remonterait à bien plus tôt, comme semble l’indiquer l’utilisation des matériaux — en particulier le grès sableux — identiques à ceux de la partie la plus ancienne de la ferme (XVe siècle).
Alors qu’il était laissé à l’abandon et menacé de destruction, la Commission de l’Environnement de Bruxelles et Environs (CEBE) a initié sa restauration complète et fait appel à la Région Bruxelloise et à la Commission des Monuments et Sites qui ont financé et réalisé les gros travaux. La petite bâtisse de 6 mètres sur 4 a été restaurée avec ses matériaux d’origine et les bénévoles de la CEBE l’ont rééquipée à l’identique.
Depuis les années 1990, ce patrimoine rural est devenu un lieu vivant de transmission artisanale

A mon arrivée, le feu a déjà disparu. La braise a été tirée, le four est propre, la chaleur (environ 270-280°C) reste enfermée dans la brique comme une réserve invisible. Dans le fournil, on attend. Puis les pâtons arrivent, un à un, portés par leurs boulangers d’un jour. C’est le moment le plus calme et le plus décisif : celui où tout va se jouer.
Autrefois, depuis le Moyen-Age, partout en Europe, on appelait cela une fournée banale. Le mot ne voulait pas dire ordinaire, mais venait du ban du seigneur : le droit d’imposer l’usage de son four, de son moulin ou de son pressoir. Les habitants apportaient leur pâte au four du village, et tous les pains cuisaient ensemble. Plusieurs maisons, plusieurs farines, plusieurs mains, mais un seul four, un seul feu. Aujourd’hui, au fournil, ce geste ancien existe encore. Non pas comme une reconstitution, mais comme une habitude retrouvée.

Le fournil de l’Hof ter Musschen à Woluwé Saint-Lambert (Bruxelles) - Grignage d'un pâton avec une grignette
Grignage d’un pâton avec une lame de boulanger (grignette)

Alors le travail commence : le grignage, rapide et précis ; l’enfournement, long ballet de pelle et de gestes mesurés ; le lutrage, pour enfermer la vapeur et le silence ; puis l’attente. Le fournier travaille avec ce que la photographie aime : la fumée, la suie, la lumière tranchée, les murs sombres, les gestes répétés. Il ouvre, ferme, racle, observe. Il ne commande pas vraiment au feu — il négocie avec lui.

Le fournil de l’Hof ter Musschen à Woluwé Saint-Lambert (Bruxelles) - Ouverture du four à pain après la cuisson.
Ouverture du four

Une quarantaine de minute plus tard, vient le défournement. Les pains sortent un à un, dorés, gonflés, et immédiatement reconnaissables à leur grignage, comme une signature laissée avant l’enfournement. Alors le fournier les toque du doigt ou du plat de la main. Un bruit sourd, sec – et à chaque coup, la farine restée sur la croûte éclate dans la lumière comme un petit feu d’artifice blanc. C’est le verdict.
Autour du four, les regards sont fixes : les boulangers d’un jour guettent le sort de leur pâton avec cette impatience mêlée de crainte, celle de savoir si la croûte a tenu bon, si la mie sera au rendez-vous, si le pain est “passé”. Certains pains montent sur l’échelle de boulanger pour ressuer tranquillement. D’autres retournent quelques minutes dans le four, parce que le feu a encore quelque chose à leur dire. Parfois un pain colle, résiste, sort de travers, et il faut négocier encore, tirer doucement, tourner la pelle, arracher sans abîmer. Rien n’est jamais complètement prévu.

Le fournil de l’Hof ter Musschen à Woluwé Saint-Lambert (Bruxelles) - ressuage du pain sur l'échelle à boulanger
Ressuage du pain sur l’échelle de boulanger

Le noir et blanc enlève une chose au fournil : la couleur. Mais il révèle l’essentiel : le grain de la pierre, la poudre de la farine, la vérité des gestes.. La farine devient lumière, la vapeur devient brouillard, la gueule du four devient un théâtre, et les gestes du fournier semblent répétés depuis des siècles.

Ce reportage photographique ne parle pas de recettes ni de ceux qui ont pétri chez eux. Il parle du moment où tout devient irréversible : quand le pain entre dans le four. Après cela, il n’y a plus rien à faire, sinon attendre, regarder la fumée, écouter la croûte chanter au défournement, et se dire que depuis des siècles, le monde change beaucoup, mais que ce moment-là, lui, ne change presque pas./.

Cliquez sur la photo ci-dessous pour accéder aux photographies

Reportage photographique sur une fournée banale au fournil de l’Hof ter Musschen à Woluwé Saint-Lambert (Bruxelles)

Lien vers l'Association "Fournil de Hof ter Musschen" qui gère les activités du fournil.

Les activités du fournil sont gérées par l’Association Fournil de l’Hof ter Musschen.

Fiat Lux à Bruxelles✨ la cathédrale sublimée par la lumière

Spectacle Luminiscence dans la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule en décembre 2025 à Brussels
Juste une petite vidéo pour donner envie… mais rien ne remplace l’expérience immersive vécue au cœur de la cathédrale ✨ (enfin pour celles et ceux qui savent encore regarder une vidéo un peu plus longue qu’un « Réel »)

Impossible de parler de Bruxelles sans évoquer la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, l’un des monuments les plus emblématiques de la capitale. Perchée sur le Treurenberg, elle domine la ville et attire depuis des siècles visiteurs, fidèles et amateurs d’architecture.
La cathédrale a la particularité d’être placée sous le patronage de deux saints. Saint Michel, archange et protecteur de Bruxelles, est largement connu et figure sur les armoiries de la ville. Sainte Gudule, plus discrète, intrigue souvent les visiteurs. Originaire de Maubeuge, elle est devenue au Moyen Âge la sainte protectrice de Bruxelles. Elle est traditionnellement associée à la lumière spirituelle et à la capacité de surmonter les épreuves — un symbole fort, encore très présent aujourd’hui.
Le site est occupé dès le XIᵉ siècle par une collégiale romane. L’édifice actuel, de style gothique brabançon, est le fruit de plusieurs campagnes de construction, principalement entre le XIIIᵉ et le XVᵉ siècle. La cathédrale n’obtient son statut officiel qu’en 1962, lorsqu’elle devient le siège de l’archevêché de Malines-Bruxelles. Elle a depuis accueilli de nombreux événements majeurs de l’histoire belge, dont des cérémonies royales.
Aujourd’hui, la cathédrale se prête aussi à des expériences culturelles contemporaines. Le spectacle son et lumières actuellement proposé offre une immersion à 360° qui retrace près de huit siècles d’histoire. Les projections mettent en valeur l’architecture, les voûtes et les vitraux, révélant des détails souvent invisibles lors d’une visite classique.
La dimension visuelle est renforcée par un accompagnement musical assuré par l’orchestre Luminiscence. L’imposant orgue de la cathédrale — plus de 4 300 flûtes pour un poids de plus de 30 tonnes — enveloppe l’espace et ajoute une profondeur sonore spectaculaire à l’expérience.

Que l’on soit amateur d’histoire, passionné de patrimoine ou simplement curieux, ce spectacle est une occasion unique de (re)découvrir la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule sous un autre angle. Si vous êtes de passage à Bruxelles ou si vous y vivez, ne manquez pas cette expérience immersive : une visite qui vaut clairement le détour.

L’hiver des menaces fantômes

Je suis charlie -timbre niouzesAlors que je ne pensais plus ajouter de niouzes à ce blog et le laisser disparaître  tranquillement voilà que l’actualité est l’occasion d’en rédiger quelques  nouvelles.
Si certains se sont inquiétés de savoir comment nous “allions” lorsque nous étions au moyen-orient en plein printemps des pays arabes, voici, ironie de l’histoire, que l’on nous pose les mêmes questions alors que nous sommes au cœur de l’Europe, au pays de Molenbeek (tristement et  mondialement plus connue que le Royaume de Belgique).
Après le lointain printemps enflammé des pays arabes, après ce début d’année 2015 et cet automne intégristes meurtriers nous voici à l’hiver (chaud) des menaces fantômes à Bruxelles…

Alors oui, on peut dire que ça va… il faut continuer à avancer et faire comme si de rien… faire comme si de rien… tout en étant vigilant : vérifier s’il n’y a pas de colis suspect dans son transport en commun; éviter les lieux de grands rassemblements publics; se questionner si cet étranger du cru n’a rien sous sa veste… Inshallah quoiqu’il arrive!

Alors oui, la vie continue, mais plus forcément comme avant. Ce soir les étoiles ne brilleront pas sous le ciel de la capitale de l’Europe. Dans quelques heures 2016 se lèvera dans l’hiver des menaces fantômes. Un voile djihadiste est tombé sur Bruxelles./.

 

L’ouvrier belge

Ouvrier_belgeEn sortant du métro j’ai eu la surprise de découvrir le pendant belge du plombier polonais (j’avais évoqué ce dernier dans cette niouze). Ici, il ne s’agit pas d’un plombier à proprement parler, mais d’un ouvrier qui se tient dans la même posture et un poil plus dénudé. L’humour belge en tâche de fond.
Dans le contexte local, je n’ai pas tenté de savoir s’il était wallon ou flamand et si sa barbe était un attribut extérieur de virilité vis à vis de son confrère polonais. Continue reading L’ouvrier belge

Draperies célestes

Altostratus undulatus asperatus, Bruxelles
Altostratus undulatus asperatus

Le 9 juin dernier le ciel de Bruxelles était couvert d’énormes et intrigants nuages gris  formant des draperies et volutes originales.

Plus impressionnants que méchants, ces nuages nommés Altostratus undulatus asperatus, sont rares sous ces belges latitudes./.photo_logo_01