🇮🇹 Il testo racconta la processione di San Martino celebrata l’11 novembre a San Martino di Taurianova, in Calabria, dove il santo è percepito come una presenza familiare, profondamente radicata nella storia locale. Figura centrale del cristianesimo occidentale, San Martino incarna una santità fondata sul gesto della condivisione, che il paese rinnova ogni anno attraverso un rito che intreccia pratiche religiose e partecipazione collettiva. La preparazione, il trasporto della statua, i mantelli rossi e la musica scandiscono la processione e ne sottolineano la dimensione sociale. Il corteo, seguito da una popolazione numerosa, diventa un momento di trasmissione e di riconoscimento collettivo, in cui il paese si riunisce, ricorda e afferma la propria identità.
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🇫🇷 Le 11 novembre dernier, j’ai eu l’occasion d’assister à la procession de Saint Martin à San Martino di Taurianova (Italie, Calabre).
Ici, Saint-Martin n’est pas seulement un saint accroché à une date du calendrier. On parle de lui comme d’une présence familière, presque d’un voisin ancien. Saint Martin, soldat devenu évêque, est l’une des figures les plus anciennes et les plus populaires du christianisme occidental, précisément parce qu’il incarne une sainteté accessible, fondée sur un geste plutôt que sur un dogme.. À San Martino di Taurianova, ce geste semble avoir trouvé un lieu où s’enraciner durablement, porté par des générations pour lesquelles la figure du saint s’est confondue avec l’histoire même du village. Le 11 novembre, jour de ses funérailles, n’est pas seulement un souvenir religieux, c’est un rendez-vous que le village attend.
À cette période de l’année, on parle aussi beaucoup de l’été de la Saint-Martin. Après les premiers froids de l’automne, il arrive que le temps se radoucisse autour du 11 novembre. Une lumière plus douce, presque dorée, quelques journées tièdes qui semblent suspendre l’arrivée de l’hiver. Beaucoup y voient un clin d’œil du saint lui-même, une réponse symbolique à son geste de partage. Quand cette douceur accompagne la procession, elle renforce encore ce sentiment étrange que tout est à sa place, que le ciel et le village avancent ensemble. Réchauffement climatique oblige, il n’a pas encore fait assez froid pour permettre aux oranges et mandarines d’être sucrées à point.
En ce matin de la Saint-Martin, le soleil est bien au rendez-vous.
La matinée a commencé tôt, à l’église, pour les plus fidèles. Comme le montre le programme, les fêtes de la Saint-Martin mêlent à la fois événements civils et religieux comme c’était le cas pour celle de Mola di Bari à Pâques.
En amont de la procession, la bande musicale de Varapodio parcourt les rues et ruelles du village pour annoncer le début proche de la procession. La musique nous amène progressivement à l’église où l’on s’affaire à préparer la sortie de la statue de Saint-Martin, l’ensemble pèse plus de 700 kg. La sortie de l’église, tout comme sa rentrée, est un exercice rodé, méticuleux et périlleux à cause de la descente/montée des marches de l’église. Chacun se prépare, les capes rouges se font de plus en plus présentes. Elles attirent le regard, surtout quand le cortège s’étire dans les rues. Le rouge rappelle le manteau partagé par Saint-Martin, mais il évoque aussi la chaleur, l’engagement, le lien. Ici, la cape n’est pas un costume folklorique : elle se transmet, elle se porte avec sérieux, comme un signe d’appartenance silencieux.
Le public attend sur la place. Être là fait partie du rite : on ne regarde pas seulement la procession, on s’y inscrit, par sa présence même.
Puis, presque imperceptiblement, la tension change : on sait que la statue va sortir. Quand Saint-Martin apparaît, à cheval, figé dans l’instant du partage, il y a toujours un léger frisson. Les décorations brillent, le bois est massif. Ceux qui la portent ajustent leurs épaules, échangent quelques regards rapides. Ils avancent ensemble, lentement, avec une précision presque instinctive. On sent l’effort dans leurs gestes, mais aussi une forme de fierté discrète. Porter Saint-Martin n’est pas vécu comme une contrainte, plutôt comme une responsabilité acceptée, une forme de reconnaissance silencieuse accordée à ceux qui incarnent, le temps d’une journée, la continuité du groupe.
Dehors, le cortège s’engage dans les rues du village. La bande musicale accompagne la marche. Les cuivres éclatent, les percussions donnent le rythme, et le son rebondit contre les façades des maisons. La musique accompagne chaque pas, soutient les porteurs, donne de l’élan à l’ensemble. Elle est solennelle sans être distante, populaire sans être légère. Elle fait vibrer le village. Elle laisse place régulièrement à des paroles religieuses qui retentissent au travers de haut-parleurs portés par des jeunes.
Au fur et à mesure que la procession avance, le public nombreux, jeunes et moins jeunes, suivent la marche qui retourne inexorablement vers la place de l’église. Certains murmurent des prières, d’autres avancent tête baissée, ou discutent calmement, simplement présents.
Quelques gouttent s’invitent dans le mouvement, aussitôt une ombrelle fait son apparition pour protéger la statue.
Quand la procession atteint la place du village, la foule se resserre naturellement. La musique ralentit, puis s’apaise. Les regards convergent vers la statue. Pendant quelques instants, le temps semble se figer.
Les porteurs se mettent en position pour rentrer la statue et la remettre sur son piédestal.
Puis, dans l’église remplie, le prête s’exclamera « Ce l’abbiamo fatta ».
Ce n’est pas seulement la fin du parcours, c’est le cœur de la journée, un point de rencontre entre ce qui a été transmis et ce qui continue de vivre.
À l’extérieur, sur la place de l’église, les géants Mata et Grifone, figures populaires locales entament une danse rythmée par les tambours, marquant le passage du rite religieux à la célébration collective.

Le sacré ne disparaît pas pour autant : il se transforme.
Puis, sans rupture nette, la solennité se relâche. Les conversations reprennent, les visages se détendent. On reste encore un peu, comme pour prolonger le moment.
À San Martino di Taurianova, la procession de Saint-Martin n’est pas qu’un rite religieux. C’est un instant où le village se regarde, se souvient et se reconnaît, rejouant chaque année les gestes qui disent qui il est et ce qu’il choisit de transmettre. Le passé et le présent marchent ensemble, portés par la musique, les gestes partagés, la mémoire collective et cette idée simple, héritée d’un manteau coupé en deux, que le partage peut encore rassembler tout un village.

